
La cuisine aphrodisiaque de S.A.S
| Auteur | Gérard De Villiers |
| Editions | Plon |
| Annee | 1980 |
| Pages | 192 |
| ISBN | Non reference |
| Disponibilite | Acheter d'occasion |

Qu'un auteur de romans d'espionnage, le plus prolifique et le plus lu de France, publie un livre de cuisine aphrodisiaque sous la marque de sa série la plus célèbre, voilà qui dit quelque chose sur l'époque. Nous sommes en 1980, Gérard de Villiers vend des millions d'exemplaires de S.A.S., son héros Malko Linge — aristocrate autrichien au service de la CIA — couche dans chaque tome avec au moins trois femmes de nationalités différentes, et la frontière entre le divertissement populaire et le mauvais goût assume d'être poreuse. La cuisine aphrodisiaque de S.A.S. est le produit dérivé parfait de cet univers : un livre où le piment, le gingembre et les huîtres ne sont pas des ingrédients mais des promesses.

Le concept est désarmant de franchise : cent vingt-trois recettes dont les vertus supposément aphrodisiaques sont présentées sans la moindre ironie scientifique. Poivrons grillés, poissons crus, curry, radis noir, piments — tout y est, avec la complicité d'un jeune chef nommé Erwan Caradec, chargé de transformer les fantasmes du romancier en préparations réellement exécutables. Car le génie involontaire de ce livre est là : les recettes, débarrassées de leur emballage érotique, sont souvent très bonnes.
Gérard de Villiers était un personnage plus complexe que ses livres ne le laissaient paraître. Aristocrate autoproclamé, voyageur infatigable qui se rendait dans chaque pays avant d'y situer un roman, il a publié plus de deux cents tomes de S.A.S. entre 1965 et sa mort en 2013. Le New York Times lui a consacré un portrait fascinant, le décrivant comme le romancier le mieux informé de France — ses intrigues géopolitiques s'avérant parfois prophétiques. Qu'un tel personnage se retrouve dans un livre de cuisine tient du caprice d'un homme qui ne voyait aucune contradiction entre la géopolitique et le gingembre.
Le succès du livre a d'ailleurs engendré une suite — « La NOUVELLE cuisine aphrodisiaque de S.A.S. » — preuve que le filon était porteur, ou que les lecteurs de Malko Linge avaient effectivement faim.
Ce qui rend l'objet involontairement précieux, c'est sa date de publication : 1980. La même année exactement, Alain Chapel publiait ses quatre cent quatre-vingt-douze pages de vérité culinaire et les sœurs De Rivoyre défendaient le ketchup landais sur le plateau d'Apostrophes. Trois visions totalement irréconciliables de la cuisine française publiées la même année : le mystique, les régionalistes et le playboy. C'est toute la France.
Un objet improbable, délicieusement daté et involontairement drôle, qui en dit plus sur la France de 1980 que sur la cuisine. Pour les collectionneurs de curiosités, les fans de S.A.S. (il en reste), et ceux qui aiment manger épicé pour de mauvaises raisons.
Les 123 plats du livre

| # | Nom du plat |
|---|---|
| 1 | Aigo Boullido de Maite |
| 2 | Bananes flambées |
| 3 | Bisque de langoustines |
| 4 | Bisque d'étrilles |
| 5 | Boeuf à la ficelle |
| 6 | Boeuf au céleri |
| 7 | Boeuf Stroganoff |
| 8 | Boucan de poissons |
| 9 | Bouchées arméniennes |
| 10 | Bouchées Arnild |
| 11 | Bouchées de Fanny |
| 12 | Bouchées parfumées |
| 13 | Bouchées Pei-Li |
| 14 | Bouchées Touria |
| 15 | Bouchées Valdastico |